Thématique > Prévention de type primaire


Textes sur le sujet


Les cinq textes suivants ont été évalués par un comité de lecture. Ils sont susceptibles d’apporter un éclairage sur le sujet et, ce faisant, de contribuer à l’avancement des connaissances et de la réflexion critique.

1. De la maison à l'école : une transition pour les enfants, un partenariat pour les parents et les enseignants

2. La prévention : une urgence psychosociale

3. Être parents : une formation continue

4. Les contrecoups des largesses des parents

5. Séparation et divorce : conséquences sur l'enfant

Introduction

La spécificité du concept de «prévention primaire»

par

Denise Normand-Guérette, Ph.D.

Définir le concept de « prévention primaire » nécessite de le distinguer d’autres concepts et de se référer aux domaines de la santé et de la santé mentale qui les ont d’abord utilisés. En 1964, Caplan emprunte au domaine de la santé publique les concepts de prévention primaire, secondaire et tertiaire qui avaient été définis par Leavell et Clark et les applique au domaine de la santé mentale (Blanchet et al., 1993). Selon le Comité de la Santé mentale du Québec (1985b):

La prévention primaire vise à réduire l’incidence de nouveaux problèmes, c’est-à-dire empêcher des problèmes de santé mentale d’apparaître. La prévention secondaire quant à elle a pour objectif de diminuer la prévalence des problèmes par un dépistage précoce, avant que les ravages ne soient survenus, et par la thérapie, c’est-à-dire par le traitement d’un problème ou d’une pathologie afin d’éviter qu’il ne progresse. Le dernier niveau de prévention concerne la prévention tertiaire qui cherche à amoindrir les effets ou les séquelles d’une pathologie. Certains auteurs préconisent plutôt l’utilisation des termes prévention, traitement et réadaptation. La première version est celle la plus couramment utilisée au Québec; quoique pour plusieurs, prévention est synonyme de promotion, éducation et dépistage, ce dernier étant un élément de la prévention secondaire. (p. 149)

Des auteurs comme Bloom (1982), Cowen (1983), Kessler et Albee (1975) considèrent que cette définition tripartite crée de la confusion et retarde l’essor de la véritable prévention (dans Blanchet et al., 1993). « Comme le soulignent Lafortune et Kiely (1989), plusieurs auteurs militent donc aujourd’hui en faveur d’un retour à la terminologie d’avant 1964, ce qui aurait pour effet de restreindre l’usage du mot prévention à la seule prévention primaire. » (Blanchet et al., 1993, p. 13). D’ailleurs, étymologiquement, le terme prévention signifie « venir avant » ce qui implique que les actions préventives doivent avoir une qualité d’antériorité (Cowen, 1980 dans Blanchet et al., 1993)

Caplan et Grunebaum (1967 dans Comité de la Santé mentale du Québec, 1985a) ainsi que Bloom (1968 dans Rae-Grant, 1979) précisent que fondamentalement, la prévention comporte deux aspects différents : c’est d’abord une somme d’efforts pour modifier l’environnement stressant; c’est aussi une somme d’efforts pour renforcer la capacité de l’individu à faire face à ses problèmes et affronter le stress. Webster, Heyland et Legg (1990 dans Saucier et Houde, 1990) rappellent que ces deux éléments de base du concept de prévention se retrouvent dans les définitions d’Albee (1979) et du Report of the Panel on Prevention (1978) aux États-Unis. Par ailleurs, au Québec depuis 1974, les travaux de Guitouni sur le renforcement de l’identité, puis le développement de son approche d’intervention préventive multidimensionnelle (citée dans Legendre, 1993) ainsi que la création de la revue Psychologie préventive en 1982 (Lafortune et Kiely, 1994) ont contribué au développement de la prévention primaire. Cette approche précise comment intervenir par rapport au deuxième aspect de la prévention primaire en insistant sur l’importance du développement de la résistance de l’enfant et sur le renforcement de son identité (Guitouni et Normand-Guérette, 1993).

Les concepts d’intervention précoce et de stimulation précoce se distinguent aussi de celui de la prévention primaire. Selon le Dictionnaire actuel de l’éducation (Legendre, 1993), l’intervention éducative précoce comporte deux grands axes: l’éducation compensatoire et la stimulation précoce. Elle s’adresse aux jeunes de 0 à 6 ans et les populations visées sont les enfants à risque lorsqu’il s’agit d’éducation compensatoire et les enfants avec handicaps dans le cadre de la stimulation précoce. Compte tenu de la définition de prévention secondaire citée au début de ce texte, l’intervention précoce appartiendrait davantage à ce domaine puisqu’elle implique le dépistage précoce des enfants à risque ou ayant un handicap.


L’importance de la prévention primaire

L’importance de la prévention primaire commence à être de plus en plus reconnue dans la littérature et dans les politiques gouvernementales. En 1979, la revue Santé mentale au Canada consacre un numéro à ce thème suite à un symposium qui s’est tenu à Toronto en 1978. Au cours de la même année, le ministère de l’Éducation du Québec (1979) publie son énoncé de politique et plan d’action et propose des mesures générales et spécifiques de prévention (primaire et secondaire) de l’inadaptation scolaire. En 1980, un colloque international se tient à Montréal et porte sur la prévention. En 1981, le Journal of primary prevention est publié aux États-Unis et en 1985, le Comité de la santé mentale du Québec publie un avis intitulé La santé mentale. Prévenir, traiter et réadapter. On assiste à une résurgence en matière de prévention au début des années 90 au Québec. En 1991, le rapport Bouchard décrit la situation des jeunes québécois et propose des mesures qui relèvent à la fois de la prévention primaire et secondaire. En 1992, La Politique de santé et du bien-être du Québec choisit comme première stratégie de « favoriser le renforcement du potentiel des personnes » et insiste sur « la nécessité d’accroître la prévention ». Pour sa part, le ministère de l’Éducation (1992) indique dans son plan d’action sur la réussite éducative l’importance d’une action préventive à la maternelle et à l’école primaire. En 1991 et 1992, deux recensions d’écrits sont effectuées sur des programmes de prévention et de promotion (Carignan, 1992; Malo, 1991) et en 1993, l’ouvrage La prévention et la promotion en santé mentale (Blanchet et al, 1993) est issu des travaux d’un groupe d’experts rattaché au Comité de la santé mentale du Québec. Au cours de cette même année, la revue Apprentissage et socialisation présente un dossier sur la prévention sociale et un livre est publié sur l’approche préventive multidimensionnelle de Guitouni appliquée à l’éducation (Guitouni et Normand-Guérette, 1993). En 1996 un numéro thématique de la revue Nouvelles pratiques sociales porte sur la résurgence du social en prévention.

Dans l’ouvrage paru en 1993, Blanchet et ses collaborateurs établissent une distinction entre les concepts de prévention et de promotion. « La prévention vise la réduction de l’incidence des problèmes de santé mentale en s’attaquant aux facteurs de risques et aux conditions pathogènes. [...] La promotion vise l’accroissement du bien-être personnel et collectif en développant les facteurs de robustesse et les conditions favorables à la santé mentale ». (Blanchet et al., 1993, p. 15) Ces auteurs considèrent ces deux concepts comme complémentaires alors que d’autres incluent la promotion dans la prévention (Fréchette, 1993, Lehmann, 1993 dans Blanchet et al., 1993).

Il se dégage des propos des auteurs consultés qu’il faut prendre en considération deux aspects importants et agir à deux niveaux lorsqu’on parle d’interventions préventives et promotionnelles. D’une part, il faut intervenir pour modifier l’environnement stressant en s’attaquant aux facteurs de risque ; d’autre part, il est essentiel d’investir des efforts pour renforcer la capacité de l’individu à faire face aux difficultés et ainsi développer en lui des facteurs de robustesse.

Lehmann rappelle que: « Malgré la présence d’éléments défavorables au sein d’un secteur non négligeable de la population, tous les jeunes à risque ne sont pas nécessairement touchés. Certains enfants et adolescents se distinguent par une invulnérabilité qui, malgré tous les éléments jouant contre eux, leur permet de devenir des adultes mentalement sains. » (dans Blanchet et al., 1993, p. xvi). Maziade indique que nous sommes au balbutiement de la recherche sur les enfants invulnérables (dans Houde et Saucier, 1990). Selon Hamel, « les notions de vulnérabilité et de résistance ouvrent des voies nouvelles dans la compréhension du développement de l’enfant ». (dans Royer, 1995, p. 37) Selon Guitouni, il est essentiel d’aider l’enfant à développer sa résistance et à renforcer son identité afin qu’il ait plus de courage pour relever des défis et affronter l’inconnu, qu’il acquière une capacité de plus en plus grande pour faire face aux situations stressantes et aux contraintes de la vie quotidienne et qu’il soit moins vulnérable aux influences extérieures (Guitouni et Normand-Guérette, 1993). Précisons que le terme renforcement de l’identité n’est pas utilisée ici dans un sens béhavioriste, mais plutôt dans le sens où l’identité constitue pour l’enfant une force interne qui s’accroît et qui l’aide d’une part, à affronter les difficultés, les stress, les frustrations quotidiennes et d’autre part, à ne pas être dépendant de l’acceptation ou de l’appréciation des autres.

Dans une perspective de prévention primaire, on vise à promouvoir une compréhension des mécanismes nécessaires au développement de la santé psychologique et physique des individus afin qu’ils disposent des moyens pour faire face aux exigences et aux stress de la vie quotidienne. Il s’agit, entre autres, d’entraîner des enfants bien portants à développer leurs habiletés et leurs capacités psychosociales et comme le soutient Guitouni (1987), à renforcer leur identité. Cela implique que la prévention soit basée sur l’éducation, la formation et la promotion de la santé. Les jeunes qui ne présentent pas de difficultés particulières ont aussi besoin d’être guidés. Les études longitudinales de Guitouni sur des attitudes considérées comme normales et même valorisées (par exemple, la docilité, l’ambition, le perfectionnisme, etc.) ont permis de découvrir que les jeunes qui agissent de la sorte ressentent souvent des émotions et des sentiments perturbants malgré leur réussite ou leur mode de fonctionnement socialement accepté (Guitouni et Normand-Guérette, 1993). D’où l’importance d’aider ces jeunes à évoluer vers un plus grand équilibre entre leurs émotions et l’image qu’ils projettent et de les guider pour renforcer leur identité afin de prévenir certaines difficultés.

Malgré l’intérêt accru pour la prévention primaire, on constate dans une revue de littérature sur la prévention de la délinquance juvénile que, sur 228 études récentes d’interventions, seulement 9 visaient des enfants avant qu’ils posent des gestes délinquants (Tremblay et Craig, 1995 dans Tremblay et Japel, 1997). Cet exemple illustre fort bien l’effort à investir pour mettre en action des interventions véritablement axées sur la prévention primaire.


Références

BLANCHET, L., LAURENDEAU, M.-C., PAUL, D., SAUCIER, J.-F. (1993) La prévention et la promotion en santé mentale, Boucherville: Gaëtan Morin.

CARIGNAN, P. (1992) Programmes québécois de prévention et de promotion en santé mentale: recension d’écrit, Comité de la santé mentale du Québec.

COMITÉ DE SANTÉ MENTALE DU QUÉBEC (1985 a) La santé mentale: prévenir, traiter et réadapter efficacement. L’efficacité de la prévention, Québec: Gouvernement du Québec.

COMITÉ DE SANTÉ MENTALE DU QUÉBEC (1985 b) La santé mentale: prévenir, traiter et réadapter efficacement. Vers une approche plus globale, Québec: Gouvernement du Québec.

COWEN, E.L. (1986) Primary Prevention in Mental Health: Ten Years of Retrospect and Ten Years of Prospect, dans Kessler et Goldston, A Decade of Progress in Primary Prevention, Vermont: University of Vermont and the Vermont Conference on the Primary Prevention of Psychopathology.

FRÉCHETTE, L. (1993) La prévention sociale, Apprentissage et socialisation, Vol. 16, no 1-2, pp. 5-7.

GUITOUNI, M. (1987) L’identité humaine en parallèle des identités culturelles, Psychologie préventive, 12, pp. 3-14.

GUITOUNI, M. et NORMAND-GUÉRETTE, D. (1993) Entretiens avec Moncef Guitouni sur ses études du comportement des jeunes, Québec: Presses de l’Université du Québec.

HOUDE, L., SAUCIER, J.F. (1990) Prévention psychosociale pour l’enfance et l’adolescence, Presses de l’Université de Montréal.

LEGENDRE, R. (1993) Dictionnaire actuel de l’éducation, 2e édition, Montréal: Guérin.

MALO, C. (1991) Recension des écrits sur les programmes de prévention primaire et de promotion en santé mentale: de la conceptualisation à l’évaluation, Comité de la santé mentale du Québec.

MINISTERE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX (1991) Un Québec fou de ses enfants. Rapport du groupe de travail pour les jeunes, Québec: Direction des communications.

MINISTERE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX (1992) La politique de la santé et du bien-être, Québec: Gouvernement du Québec.

MINISTERE DE L’ÉDUCATION (1979) L’école québécoise. Énoncé de politique et plan d’action, Québec: Gouvernement du Québec.

MINISTERE DE L’ÉDUCATION (1992) Chacun ses devoirs. Plan d’action sur la réussite éducative, Québec: Gouvernement du Québec.

RAE-GRANT, N. (1979) La prévention primaire et le jeune enfant, Santé mentale du Canada, 27, 2, pp 2-3.

ROYER, N. (1995) Éducation et intervention au préscolaire, Montréal: Gaëtan Morin.

De la maison à l'école : une transition pour les enfants, un partenariat pour les parents et les enseignants, Psychologie préventive, no 29, 1996.

Le taux effarant de décrochage qui caractérise l’école commande une action préventive profonde et soutenue dès le début de l’éducation préscolaire et de l’enseignement primaire. Pour éviter qu’une augmentation des difficultés scolaires et comportementales de jeunes soit diagnostiquée avant d’agir et d’avoir recours à une approche curative, une conception préventive de l’intervention se présente comme une alternative prometteuse à envisager. Dans ce contexte, l’auteure expose les fondements théoriques et les modalités opératoires d’une nécessaire collaboration entre la famille et l’école pour favoriser l’insertion des jeunes enfants dans les milieux scolaires. Ultimement, la démarche proposée vise à mieux outiller parents et enseignants à œuvrer de concert pour le bénéfice de l’enfant.

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La prévention : une urgence psychosociale, Psychologie préventive, no 28, 1996.

Pourquoi tant de jeunes sont-ils devenus incapables de répondre aux exigences de l’école? Pourquoi ont-ils de la difficulté à faire face à la contestation? Comment les aider à prendre en main leur destinée tout en considérant le contexte psychosocial dans lequel ils ont été éduqués? Se basant sur les résultats d’une recherche empirique, les auteurs font rapport d’expériences préventives réalisées en milieu scolaire qui ont eu des effets positifs. Ils proposent des orientations pédagogiques dans le but de redonner aux jeunes le goût de s’améliorer et d’accéder à l’excellence.

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Être parents : une formation continue, Psychologie préventive, no 27, 1995.

L’arrivée d’un enfant dans le couple suppose un questionnement de la part des futurs parents sur la manière d’éduquer et de réagir aux divers comportements de leurs petits. Le métier de parents se construit bien souvent dans l’action de tous les jours et plusieurs d’entre eux se retrouvent aux prises avec plus de questions que de réponses. Dans cette entrevue, certaines de ces questions sont abordées en vue de soutenir les parents et les éducateurs dans l’éducation des enfants.

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Les contrecoups des largesses des parents, Psychologie préventive, no 20, 1991.

Permissivité et accroissement de la violence peuvent-ils être liés? Comment expliquer les attitudes de violence chez les jeunes? D'où vient-elle? Les parents sont-ils les uniques responsables de cette largesse éducative pouvant mener à ce genre d'attitudes de la part de plusieurs jeunes? Cet article situe la réalité des années 80-90 dans un contexte plus large et propose des moyens pour changer le cap sans tomber dans l’effet contraire, celui d’un autoritarisme aveugle.

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Séparation et divorce : conséquences sur l'enfant, Psychologie préventive, numéro spécial 1983.

Bien que cet article réfère à une communication prononcée, il y a plus de vingt ans, la thématique demeure tout à fait actuelle et place le parent au cœur de ses choix et de la prise en charge de ses responsabilités personnelles et parentales. Les jeunes qui ont aujourd’hui vingt ans sont également interpellés par les propos de l’auteur car leurs choix de vie auront inévitablement un impact sur la perception que leurs propres enfants auront des relations humaines, de la vie et de la société. La prévention primaire touche l’individu au cœur de son développement, de son évolution et de ses choix d’avenir.

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mise à jour : octobre 2003

 

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