Thématique > Santé mentale


Présentation


La santé mentale des jeunes

par
Jean-Pierre Valla et Martine Bergeron

 

C’est seulement depuis soixante à soixante-dix ans que l’on s’intéresse à la santé mentale des jeunes. Le courant psychanalytique a beaucoup contribué à l’émergence et au développement de la discipline. La psychanalyse attribue, en effet, l’origine des troubles mentaux des adultes aux vicissitudes rencontrées pendant leur enfance, et les chercheurs ont tenté de vérifier auprès de jeunes enfants les éléments incriminés par la théorie psychanalytique. A partir de cette approche qui privilégie la subjectivité et met l’accent sur le caractère unique ce chaque cas, la discipline a évolué vers une recherche d’objectivité. Aujourd’hui, la façon d’aborder la santé mentale des jeunes est basée sur le Diagnostic and Statistical Manual for Mental Disorders, Fourth Version, ou DSM-IV, mis au point par l’American Psychiatric Association. Le DSM-IV vise à rendre les critères de la psychopathologie aussi précis que possible de façon à éliminer toute subjectivité dans l’identification des problèmes de santé mentale, chez les jeunes comme chez les adultes. Une section complète du DSM-IV est spécifique aux troubles mentaux rencontrés chez les jeunes.

Les problèmes de santé mentale les plus fréquents chez les jeunes peuvent être regroupés en troubles extériorisés et troubles intériorisés. Les troubles extériorisés les plus fréquents sont le trouble déficitaire de l’attention et l’hyperactivité, l’opposition et le trouble des conduites (délinquance, comportements antisociaux). Les troubles intériorisés les plus fréquents sont les troubles anxieux (anxiété de séparation, anxiété généralisée, phobies) et les troubles dépressifs. Parmi les autres problèmes de santé mentale des jeunes, il faut mentionner les troubles envahissants du développement (autisme, syndrôme d’Asperger qui correspondent à une perturbation du contact), les obsessions-compulsions, les troubles alimentaires (anorexie, boulimie, pica), les tics (vocaux et moteurs, syndrôme de Gilles de La Tourette), etc. La liste qui précède est loin d’être exhaustive, mais elle regroupe les problèmes les plus fréquents et les plus graves.

La recherche de définitions objectives dans un domaine aussi immatériel que la santé mentale est surtout motivée par le besoin de trouver les causes (étiologie) des problèmes de santé mentale. Comme il est difficile de démontrer un lien causal, on parle plutôt de facteurs de risque. Ces facteurs de risque apparaissent comme multiples (étiologie multifactorielle). En fait, trois groupes de variables sont susceptibles d’influencer la santé mentale des jeunes. Elles peuvent être regroupées en facteurs individuels, familiaux, et sociaux. Les psychobiologistes et les tenants des sciences cognitives mettent l’accent sur l’enfant lui-même. Les variables familiales et en particulier la relation parent-enfant sont mises de l’avant par les écoles psychodynamiques et par certains théoriciens de l’apprentissage. Pour les anthropologues et les sociologues, ce sont les variables socio-économiques et culturelles qui sont les plus importantes.

L’identification précise des facteurs de risque pour la santé mentale des jeunes permettra la mise en oeuvre de programmes de prévention agissant en amont des problèmes. Or, en santé mentale, la prévention, surtout chez les enfants et les adolescents, est extrêmement attrayante étant donné les efforts nécessaires au traitement et les incertitudes quant à son efficacité. C’est en milieu scolaire que ces programmes auront le plus de chances d’être implantés car c’est à l’école que les enfants se regroupent.

Les enseignants sont particulièrement concernés par la santé mentale des jeunes, car de nombreux problèmes d’apprentissage sont dus à des problèmes de santé mentale apparents ou inapparents. L’enfant atteint de maladie mentale est moins apte à l’apprentissage scolaire. De même que l’enfant touché par une maladie physique peut être moins apte à un cours d’éducation physique, l’enfant souffrant d’une maladie mentale peut être moins capable d’assimiler l’information transmise en classe par son professeur. Ce n’est pas que l’élève n’ait pas de capacité d’apprendre, mais plutôt que son état lui interdit l’accès à son fonctionnement intellectuel optimum. Certains troubles mentaux, comme la dépression, peuvent être moins visibles que d’autres comme les tics, par exemple. Mais ils n’en gêne pas moins les apprentissages.

En outre, ce sont les enseignants, étant donné leur contact quotidien avec les jeunes une dizaine de mois par année pendant de nombreuses heures, qui possèdent le plus d’informations concernant le fonctionnement général de chacun d’eux. Ils peuvent donc jouer un rôle crucial dans l’élaboration et l’application de plans d’intervention personnalisés auprès des élèves en difficulté.

La prévention n’a pas seulement pour effet de prévenir d’éventuels problèmes de santé mentale. En effet, dans la société contemporaine, de plus en plus basée sur la valeur ajoutée aux produits de base par les industries du savoir, le cheminement scolaire des jeunes est fondamental pour leur devenir. Aussi faut-il intervenir tôt dans la vie des enfants pour que leurs apprentissages scolaires soient le moins possible affectés.

 

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Page retouchée le 29 janvier 2001