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Textes sur le sujet


Les textes publiés ici ont été évalués par un comité de lecture. Ils sont susceptibles d’apporter un éclairage sur le sujet et, ce faisant, de contribuer à l’avancement des connaissances et de la réflexion critique.


Texte recueilli
par
Sylvie Ruest

27 mars 1999


Ce contenu fait en quelque sorte, état d’un bilan d’une longue carrière que nous livre John Dudley. Il est titulaire d’un doctorat de l’Université McGill depuis 1974, M. Dudley est professeur agrégé à l’École d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal. Il est de plus membre fondateur de l’AQEA et y œuvre à titre de membre-directeur au sein du conseil d’administration depuis 1986.Il veut partagé avec nous ses observations recueillies au cours de ces années notamment pour ce qui concerne certaines limites du système face à nos enfants et adolescents audimuets.

Au Québec, nous dit M. Dudley en guise d’introduction, une grande part du mérite quant à l’avancement de la cause des audimuets revient aux parents Il cite plus particulièrement Mme Kathleen Marabeti, Carole Bouchard et Marie-Josée Champagne, à qui nous devons la création de l’Association Québécoise pour les Enfants atteints d’audimutité(AQEA).Plus encore que les orthophonistes ou les universitaires, ce sont ces parents et tous ceux qui les ont appuyés au fil des ans qui ont véritablement pris la situation en main et fait en sorte, par leur engagement, que soient mis en place de plus en plus de services pour ces enfants.

Un premier constat effectué par le conférencier porte sur le système d’éducation au Québec et sur son ouverture vis-à-vis de la clientèle particulière que constituent les audimuets. Il est de toute première importance pour le développement de ces enfants que les parents, les enseignants et les directeurs d’établissements scolaires ne restent pas à la remorque du système et que s’instaure une véritable dynamique de communication horizontale et verticale afin que l’on puisse trouver des solutions rapides et concrètes aux problèmes rencontrés en cours de route. Se fondant sur son expérience personnelle, M. Dudley indique que là où une telle coopération s’est installée on a effectivement constaté des progrès considérables dans la scolarisation de ces enfants.

Si cette approche fonctionne relativement bien pour le cycle primaire, il en va malheureusement autrement pour le niveau secondaire. En effet, la plus grande dimension de ces établissements, le nombre plus important d’enseignants et la complexité administrative tendent à rendre plus difficiles la communication et le dialogue entre les intervenants. Il n’est donc pas étonnant, dans ces conditions, que ce soit à ce stade de sa scolarisation que l’adolescent audimuet commence à accumuler des retards dans son apprentissage.

Certaines expériences d’intégration démontrent toutefois qu’avec un minimum d’adaptation des structures et des politiques en place dans le réseau de l’éducation, il est possible de repousser les limites de développement de ces enfants jusqu’à un niveau inespéré hier encore. M. Dudley mentionne à cet égard trois établissements d’enseignement collégial(les cégeps Ahuntsic, Montmorency et Sherbrooke) qui ont accepté, malgré une moyenne inférieure à leurs critères d’admission, des étudiants audimuets. Ceux-ci y obtiennent actuellement un rendement très satisfaisant et il dit ne pas douté de leur réussite pour l’obtention de leurs résultats scolaires.

Celui-ci insiste sur le fait que ces jeunes adultes ne sont pas des cas isolés. Les difficultés qu’ils éprouvent sont aussi présentes qu’elles l’étaient pendant l’enfance. Mais, avec de légères adaptations de la part de l’établissement d’enseignement, ces individus parvenus à canaliser leurs forces et leurs forces et leurs faiblesses, et à poursuivre un développement scolaire normal.

Pour terminer, celui-ci distingue trois grandes lacunes systémiques auxquelles se heurtent les jeunes audimuets et leurs parents. Sans y apporter ici de solutions concrètes, M. Dudley juge néanmoins important de les souligner afin que s’amorce au plus vite une réflexion dans les milieux concernés.

1- D’après M. Dudley, un gros travail nous attend en ce qui a trait au système scolaire secondaire. Il est en effet inadmissible à ses yeux qu’un enfant ayant obtenu de bons résultats au cours de ses six premières années d’études éprouve tout à coup des difficultés majeures dès son entrée au secondaire.

Il semble que la structure du système d’enseignement soit en cause. Évidemment, la solution à ce problème n’est ni du ressort de l’orthophoniste, ni celui du psychologue ou du médecin. C’est sur le plan politique(ministère de l’Éducation et commissions scolaires) que de telles difficultés peuvent se résoudrent et il revient aux parents d’amorcer le dialogue et de provoquer le changement comme ils l’ont fait à de nombreuses reprises dans le passé.

2- L’approche actuelle accorde en effet une grande importance aux développements scolaire et langagier des enfants audimuets. Sans critiquer la pertinence de ces facteurs dans leur développement, M. Dudley estime qu’il ne faudrait pas négliger pour autant l’importance de la dimension sociale de leur apprentissage.

Il serait périlleux pour l’avenir de nos enfants de considérer leur intégration dans une seule perspective scolaire, en laissant pour compte leur intégration à la société. À cet égard, celui-ci estime que le taux de délinquance très élevé chez cette population nous indique qu’une lacune de notre mode actuel d’intervention, devrait atteindre un équilibre relatif.

3-M. Dudley se dit étonné de constater qu’aujourd’hui encore, 1995, les chercheurs et les différents professionnels n’arrivent pas à s’entendre sur une définition commune de l’audimutité. Il est impératif que ceux-ci établissent un dialogue entre eux et s’entendent au plus vite sur une terminologie et une définition commune. Pour qu’avance véritablement la cause de nos enfants audimuets, du Québec, des États-Unis et de la France doivent pouvoir discuter du sujet et surtout se comprendre mutuellement.

Cet extrait a été tiré de : Les actes du premier colloque sur l’audimutité(1995).

 

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